Photôme
Un nouveau mot
Photôme est un néologisme qui combine les mots photographie et fantôme, renvoyant à l’expression « image fantôme ». J’ai créé ce mot dans le cadre d’un journal d’écriture. Il a servi de thème de travail et de titre à l’exposition donnée par l’association Imago lucis.
Face à l’intitulé photôme, il s’agit moins de chercher à produire des images de fantômes que, plus ambitieusement, des images fantômes. Le « fantomatique » n’est pas le thème de l’image mais sa nature, la sensation qu’elle doit susciter. Il s’agit d’explorer l’impression fantomatique, dans tous le double sens de ce terme !
Un.e photôme m’évoque quelque chose de diffus, d’incertain. À une image que l’on peut voire, se trouve accolé l’idée de son inexistance, de son effacement, son absence. L’idée qu’une présence en cache d’autres. Celle, aussi, d’un passé latent, capable de ressurgir à tout moment.
L’ouverture du sujet le rends propice à explorer une plasticité de l’image, de chercher une matérialité particulière. Se mettre en quête d’un.e photôme, c’est explorer une pratique limite de l’image. Il s’agit de parcourir, la frontière diffuse, spectrale, du visible, du reconnaissable, de la figuration, qui approche le bruit bouché de ce qui n’est pas visible.
Un processus de travail
Pour cette photographie j’ai choisi de détournerune partie du processus de création de l’image. La prise de vue a été réalisée sur le vif, puisqu’il s’agit d’un portrait format carré réalisé à l’aidede mon IPhone. L’image a ensuite été mise en négatif, imprimée à l’aide d’une imprimante laser, puis collé sur une bande de scotch. J’ai ensuite humidifié le papier pour en retirer les fibres et ne garder sur le scotch que l’encre restée collée. J’ai donc réalisé moi-même le négatif que j’ai ensuite tiré à l’aide d’un agrandisseur.
J’ai choisi ce processus de création de l’image pour sa matérialité bien particulière. Cette conjonction de différents médias est en même temps l’exploration d’une limite et une recherche de picturalité.
Le choix du portrait est une façon d’inviter à l’introspection et à un questionnement sur l’identité. Son traitement est aussi pour moi une façon de donner forme à un souvenir, ce qui convoque la notion de mémoire.
Cette expérimentation fait aussi écho à certaines œuvres, comme les films Fog lines de Larry Gottheih, et Polte de Sami Van Ingen, mais aussi à la série de photographies Arbres Horizons 2000-2001 de Bernadette Tintaud.

Photôme est le titre d’une exposition collective des photographes de l’association Imago Lucis. Elle s’est déroulée en juillet 2024 lors des 7e Rencontres Photographiques du Trièves (Isère 38), à la ferme Bachelard (Clelles). L’exposition a également été montrée à l’occasion des 17e Rencontres Photographiques de l’association Art'gentik73 à la Ferme de Bressieux (Bassens, Savoie 73) du 15 au 23 mars 2025.