Vue d’accrochage pour DNSEP 2020








Exposition collective “Espacements” à l’ Assaut de la Menuisserie - Saint-Étienne

Katia Brytkova, Clarisse Leardi, Chloé Pechoultres, Antoine Salle

Commissariat par Alexandre Quoi et Vincent Gobber


“Chloé Pechoultres est diplômée en 2020 de l'Esadse (DNSEP option Art), elle est lauréate ex æquo du Prix Golden Parachute 2021.
La démarche de Chloé Pechoultres s'apparente à celle de Jean-Jacques Rousseau, et plus précisément à celle des Rêveries du promeneur solitaire. En effet, le résultat concret des œuvres exposéesprocède de la promenade: ajoutons que cette promenade est menée sous le signe de l'étonnement: voici donc la pierre! « Rêveries » est ce mot léger en apparence qui signifie pour l'artiste: travail (« construction de l'imagination »). De même que Jean-Jacques rêve à un livre qu'il écrit: Chloé Pechoultres rêve à des pierres qu'elle porte, assemble, travaille. Il y a aussi la figure de Diderot, qui prête une attention neuve sur les tableaux exposés au salon de 1767. S'agissant des pierres, voici quelques récurrences: « masses informes de pierres », « pierre brute », « massif de pierres », « masses de pierres », « pierres informes dispersées ». Nous ne sommes pas vraiment encore dans le grand réveil romantique européen: cependant, Diderot sait déjà que la pierre (même « informe », peut-être la plus informe des formes) est en elle-même un lieu privilégié du travail de la beauté. Ici, lignes, couleurs, lumières varient parmi les traces discrètes, mais présentes et précises du geste technique de la taille de pierre. Ce geste moderne - la nature telle qu'elle apparait peut intéresser l'artiste - se confond avec un profond sentiment archaïque : la pierre est aussi stele, monolithe, autel, objet de culte. Ces fonctions archaïques nous semblent lointaines, et pourtant les pierres revivent encore et toujours, arrachées au monde souterrain par Chloé Pechoultres.”

Frédéric Montfort, Mai 2022, texte de présentation pour L'Assaut de la menuiserie








Exposition en duo “Rejouer le monde” Chloé Pechoultres & Meeno Yoon à la Galerie du Haut-Pavé - Paris
Carte Blanche et Commissariat de Martine Dancer



“Exposer dans une carte blanche, Chloé Pechoultres et Meeno Yoon est un arrêt sur image sur deux parcours en cours, celui d’une sculptrice et d’une peintre, mais c’est aussi se questionner : comment toutes deux rejouent-elles le monde.
Chloé Pechoultres, vient d’Occitanie ; son travail porte la marque de la vigueur des escarpements rocheux de cette région frontalière. Elle interpelle
dans la nature, en artiste –comme l’a exprimé Schopenhauer : «cette beauté de la forme qu’après mille tentatives la nature ne pouvait atteindre... [elle] la fixe.»[1] Sans viser à reconstituer l’espace d’où viennent les pierres, elle les dégrossit, les façonne, les polit dans l’atelier ; elles ont suscité le désir d’atteindre le point d’excellence qui transmutera une pierraille mal dégrossie en une sculpture.[...]
Chloé Pechoultres, fille de la nature sur terre et mer, a tissé un lien profond avec son matériau de prédilection. En sculpteur, elle a compris que : « la nature traite d’égal à égal avec l’art du sculpteur. Il n’obtient les fruits sublimés de ses pouvoirs qu’après s’être tardivement rendu maitre du cœur invisible de la pierre... »[2] Pour parfaire son geste, elle a suivi un stage chez une tailleuse de pierres : « Il suffit de creuser un peu la pierre pour se rendre compte qu’elle est autre chose que dure. »[3] Ainsi choisir des pierres brutes dans des espaces sauvages ou des carrières réputées ont-ils fait partie de sa démarche artistique. Ses excursions sont également liées à un certain gout pour une nature retrouvée, ce que le XVIIIe célébra avec des intentions plurielles chez Diderot et tant d’autres. Loin de s’investir dans une figuration réaliste, comme dans la tradition minimaliste, elle adjoint les unes aux autres des matières, des couleurs, des textures dans des recherches formelles. Mais dans ses constructions on décèle son admiration pour des sculpteurs qui l’ont marqué – le premier Giacometti des années trente tout comme Brancusi – pour les onyx d’Algérie employés au XIXe siècle par Charles Cordier qui rénova « la couleur dans la sculpture ». Car, chez elle se manifeste une grande sensibilité dans l’association des polychromies naturelles des noirs, des verts, des terres grumeleuses, aux blancs polis en contrepoint des variations formelles de ses œuvres.[...]”

[1] Arthur Schopenhauer, L’art exprime ce que la nature ne fait que balbutier,
in Le Monde comme volonté et comme représentation, PUF, Paris, 1996, pp.284-286
[2] René Char, Un jour entier sans controverse, Sculpteur in Œuvres complètes, nrf, Gallimard, Paris 1983, p.590
[3] Francis Ponge, Œuvres complètes, nrf, Gallimard, Paris janvier 1999, p.655

Martine Dancer, extrait du texte de présentation, Mai 2023